En bref
Pour une première opération, les banques demandent couramment des fonds propres de l'ordre de 15 à 25 % du prix de revient hors taxes, versés avant le premier tirage du crédit, et souvent davantage pour un promoteur sans références. Ces fonds peuvent combiner capital, comptes courants d'associés bloqués, associés investisseurs et financement participatif, que la banque compte plus ou moins comme des fonds propres. Le montant à réunir est le plus élevé de deux chiffres : le minimum exigé par la banque, et le point bas du plan de trésorerie diminué du crédit autorisé, avec une marge de sécurité.
Pourquoi les fonds propres comptent autant
Une opération de promotion dépense avant d'encaisser. Le terrain, les études, les taxes, puis les premières situations des entreprises sortent bien avant que les appels de fonds des acquéreurs ne couvrent les dépenses. Ce décalage se finance par trois ressources : les fonds propres du promoteur, le crédit promoteur et l'argent des acquéreurs en VEFA. Le guide du financement d'une promotion immobilière présente l'ensemble ; celui-ci se concentre sur la première.
Pour la banque, les fonds propres jouent deux rôles. Ils absorbent les premières pertes si l'opération tourne mal : la banque n'est exposée qu'au-delà. Et ils prouvent l'engagement du promoteur, qui a quelque chose à perdre. C'est aussi pour cela que la garantie financière d'achèvement, presque toujours délivrée par la banque qui finance, est conditionnée au même niveau de fonds propres.
Ce que demandent les banques
Il n'existe pas de seuil légal. Chaque établissement fixe sa politique, qui dépend de l'opération et du promoteur. Les exigences qu'on rencontre couramment :
- un niveau de fonds propres de l'ordre de 15 à 25 % du prix de revient hors taxes, plus élevé pour un premier dossier, une petite opération ou un marché incertain ;
- leur versement avant le premier tirage du crédit, souvent pour payer tout ou partie du terrain ;
- un seuil de pré-commercialisation, couramment entre 30 et 50 % du chiffre d'affaires selon les établissements, avant de lever la condition du crédit : voir le guide de la pré-commercialisation ;
- la subordination des comptes courants et des emprunts des associés au crédit bancaire ;
- des garanties : nantissement des parts de la société de programme, caution personnelle du dirigeant, hypothèque ou promesse d'hypothèque sur le terrain.
La banque ne regarde pas seulement le pourcentage, mais la qualité de l'argent : qui l'apporte, combien il coûte, quand il doit être remboursé. Des fonds propres empruntés à court terme, remboursables avant la fin de l'opération, ne la rassurent pas.
D'où peuvent venir les fonds propres
| Source | Forme | Ce que la banque en pense | Coût pour le promoteur |
|---|---|---|---|
| Épargne du promoteur | Capital et compte courant de la société de programme | Fonds propres au sens strict | Le coût d'opportunité de son argent |
| Terrain déjà détenu | Apport en nature ou vente à la société | Compté pour sa valeur, si elle est justifiée | Selon le montage, fiscalité à vérifier |
| Associés investisseurs | Capital et compte courant bloqué | Fonds propres si les sommes sont bloquées et subordonnées | Une part de la marge, parfois un intérêt |
| Financement participatif | Obligations souscrites via une plateforme | Quasi-fonds propres, comptés en tout ou partie selon la banque | Intérêts élevés et frais de plateforme |
| Fonds de dette ou mezzanine | Obligations, parfois convertibles | Quasi-fonds propres s'ils sont subordonnés | Le plus cher, souvent avec une part de marge |
Le capital et les apports en compte courant
La société de programme, souvent une SCCV, n'a pas besoin d'un gros capital social : la loi n'impose pas de minimum. L'essentiel des fonds propres est en général apporté en compte courant d'associé : une avance de l'associé à la société, inscrite au passif, remboursable à la fin de l'opération. C'est plus souple que le capital, qu'il faudrait réduire pour le rendre. La rémunération éventuelle d'un compte courant n'est déductible du résultat que dans une limite de taux fixée chaque année, et sous conditions ; l'expert-comptable la fixe.
Pour que la banque compte ce compte courant comme des fonds propres, il doit être bloqué jusqu'au remboursement du crédit, ou subordonné à celui-ci, par une convention signée des associés et de la banque.
Les associés investisseurs
Un promoteur qui démarre s'associe souvent avec un investisseur : un proche, un chef d'entreprise, un promoteur plus installé. L'investisseur apporte l'argent, le promoteur le savoir-faire et le travail. La répartition se négocie : part du capital, rémunération du compte courant, quote-part de la marge, rôle dans les décisions. Elle s'écrit dans les statuts et un pacte d'associés avant la première dépense, y compris ce qui se passe si l'opération dérape et qu'il faut remettre de l'argent.
Les quasi-fonds propres et le financement participatif
Les quasi-fonds propres sont des dettes que leur rang ou leur durée rapprochent des fonds propres : elles sont remboursées après la banque. Le plus courant pour un petit promoteur est le financement participatif immobilier : des particuliers souscrivent, via une plateforme, des obligations émises par la société de programme ou sa holding. Les plateformes doivent être agréées par l'Autorité des marchés financiers comme prestataires de services de financement participatif, au titre du règlement (UE) 2020/1503 ; l'agrément se vérifie sur le registre de l'AMF.
Ces obligations coûtent cher : des taux d'intérêt souvent à deux chiffres par an, auxquels s'ajoutent les frais de la plateforme. Elles se remboursent en une fois, à une échéance fixée, ce qui impose de prévoir l'argent à cette date, avant les derniers appels de fonds. Et elles ne sont pas toujours acceptées par la banque comme fonds propres : la question se pose avant de signer avec la plateforme, pas après.
Prudence
Les seuils de fonds propres, la manière dont la banque compte chaque ressource et les taux du financement participatif varient selon les établissements et le marché. Les ordres de grandeur de ce guide servent à préparer un dossier, pas à le décider. Le montage juridique (apport du terrain, conventions de blocage, émission d'obligations) se fait avec un avocat ou un notaire, la fiscalité avec l'expert-comptable.
Le vrai besoin : le point bas de trésorerie
Le pourcentage demandé par la banque est un minimum de principe. Le vrai besoin de financement se lit dans le plan de trésorerie : on cumule mois par mois les encaissements et les décaissements, sans crédit, et on repère le point bas, le mois où le cumul est le plus négatif. C'est l'argent qu'il faut avoir, à ce moment-là, entre crédit et fonds propres.
La règle de cohérence est simple : fonds propres + crédit autorisé ≥ point bas, avec une marge pour les retards de chantier ou de ventes. Si les fonds propres exigés par la banque suffisent à couvrir le point bas, tout va bien ; sinon, c'est le point bas qui fixe le montant. Un retard de commercialisation, une situation de travaux plus lourde que prévu ou un paiement du terrain avancé creusent ce point bas, et c'est souvent ce qui met une première opération en difficulté. Le modèle de plan de trésorerie permet de faire ce calcul.
Un exemple chiffré de montage des fonds propres
Exemple fictif : une opération de quatorze logements, 3 640 000 € HT de chiffre d'affaires. Hors coût du financement participatif, le prix de revient est de 3 200 000 € HT. Le plan de trésorerie sans crédit montre un point bas de 1 950 000 € au treizième mois ; la banque accorde un crédit de 1 500 000 € et exige 15 % de fonds propres.
Le promoteur dispose de 180 000 €. Il réunit 120 000 € d'un associé investisseur, en capital et en compte courant bloqué, contre 25 % de la marge, et 200 000 € de financement participatif à 10 % par an sur deux ans, avec 4 % de frais de plateforme.
| Ligne | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Intérêts du financement participatif | 200 000 € × 10 % × 2 ans | 40 000 € |
| Frais de plateforme | 200 000 € × 4 % | 8 000 € |
| Prix de revient, coût du participatif compris | 3 200 000 € + 48 000 € | 3 248 000 € |
| Fonds propres exigés par la banque | 15 % × 3 248 000 € | 487 200 € |
| Besoin au point bas, après crédit | 1 950 000 € − 1 500 000 € | 450 000 € |
| Fonds propres réunis | 180 000 € + 120 000 € + 200 000 € | 500 000 € |
| Marge de l'opération | 3 640 000 € − 3 248 000 €, soit 10,8 % du CA | 392 000 € |
| Part de l'associé investisseur | 25 % × 392 000 € | 98 000 € |
| Part du promoteur | 75 % × 392 000 € | 294 000 € |
Le montage tient, si la banque compte bien les 200 000 € de participatif comme fonds propres : 500 000 € couvrent l'exigence de 487 200 € et le besoin de 450 000 € au point bas, avec 50 000 € de marge de sécurité. Sans eux, les 300 000 € restants ne couvriraient ni l'un ni l'autre.
Le financement participatif a coûté 48 000 €, soit plus d'un point de marge : sans lui, la marge aurait été de 440 000 €, 12,1 % du chiffre d'affaires. Le promoteur engage 180 000 € pour 294 000 € de marge avant impôt, au prix d'une dépendance à deux partenaires. Si la commercialisation glisse de six mois, le point bas se creuse et se décale, et les obligations arrivent à échéance avant les derniers appels de fonds : c'est le scénario à simuler avant de signer, avec le simulateur de bilan puis le plan de trésorerie complet.
Réduire le besoin de fonds propres
- Payer le terrain le plus tard possible : promesse longue, prix payable en partie à terme, ou dation d'une partie des logements au vendeur, à monter avec le notaire.
- Pré-commercialiser fort avant le lancement : les dépôts de garantie ne se dépensent pas, mais les premiers appels de fonds arrivent plus tôt.
- Phaser une opération trop grande en deux tranches.
- Commencer petit : une division parcellaire ou un programme de quelques logements demande moins d'argent, et constitue la référence que la banque demandera ensuite.
- Négocier l'échéancier des honoraires et des études : ce qui se paie au permis obtenu plutôt qu'au dépôt sort plus tard.
Les fonds propres dans CAP IMMO
CAP IMMO calcule le plan de trésorerie mois par mois, avec le compte de TVA et les frais financiers sur l'encours réel, et en tire le point bas avec et sans crédit : le besoin que le concours bancaire et les fonds propres doivent couvrir ensemble. Le dossier de financement affiche les fonds propres en pourcentage du prix de revient et signale une couverture insuffisante. En co-promotion, chaque associé a sa part, son capital et son compte courant, et un retard de versement est signalé. La démonstration s'ouvre dans le navigateur, gratuitement et sans inscription.
Questions fréquentes
Combien de fonds propres pour une première opération de promotion immobilière ?
Les banques demandent couramment de l'ordre de 15 à 25 % du prix de revient hors taxes, souvent davantage pour un premier dossier. Le montant à réunir doit aussi couvrir le point bas du plan de trésorerie diminué du crédit autorisé, avec une marge de sécurité.
Le compte courant d'associé compte-t-il comme fonds propres ?
Pour la banque, oui en général, à condition qu'il soit bloqué jusqu'au remboursement du crédit ou subordonné à celui-ci par une convention signée. C'est la forme la plus courante de l'apport du promoteur et de ses associés dans une société de programme.
Le crowdfunding peut-il remplacer les fonds propres ?
Il peut les compléter, comme quasi-fonds propres, si la banque accepte de le compter. Il coûte cher, avec des intérêts souvent à deux chiffres et des frais de plateforme, et se rembourse en une fois à une échéance fixe qu'il faut prévoir dans le plan de trésorerie.
Qu'est-ce que le point bas de trésorerie ?
C'est le mois où le cumul des encaissements et des décaissements de l'opération est le plus négatif. Ce montant doit être couvert par le crédit et les fonds propres ensemble ; un retard de chantier ou de ventes le creuse et le décale.
Peut-on lancer une promotion sans fonds propres ?
En pratique, non : sans fonds propres, la banque n'accorde ni le crédit ni la garantie financière d'achèvement. On peut en réduire le besoin, par un paiement différé du terrain, une forte pré-commercialisation ou une première opération plus petite, et le compléter par des associés ou du financement participatif.
Sacha ClermontConcepteur de CAP IMMO, logiciel de pilotage d'opérations de promotion immobilière pour les promoteurs indépendants. Les guides sont écrits à partir des textes en vigueur et de ce que le logiciel calcule réellement. Profil LinkedIn
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Le voir sur une vraie opération
La démonstration de CAP IMMO s'ouvre dans le navigateur, sans inscription : quatre programmes fictifs, un par phase, avec leurs bilans, leurs ventes et leurs chantiers.