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Bilan, financement et fiscalité

Co-promotion immobilière : partager une opération avec un autre promoteur

Deux promoteurs qui montent un programme ensemble partagent plus qu'une marge : un terrain, une banque, une responsabilité, et des décisions à prendre vite. La co-promotion immobilière permet à un indépendant d'accéder à une opération trop grosse pour lui seul, ou d'apporter un foncier à un partenaire mieux financé. Voici comment l'organiser : la société commune, le pacte, les rôles et les honoraires, la quote-part et la sortie.

Par Sacha Clermont · mis à jour le 3 octobre 2026 · 9 min de lecture

En bref

En co-promotion, deux promoteurs ou plus deviennent associés d'une même société de programme, le plus souvent une SCCV. Les statuts fixent les parts et les pouvoirs, un pacte d'associés organise le reste : qui pilote, qui commercialise, quels honoraires chacun facture à la société, comment se partage la marge, qui décide quoi, et comment on sort en cas de désaccord ou de défaillance. Chaque associé répond des dettes de la SCCV à proportion de ses parts.

Pourquoi co-promouvoir

Un promoteur indépendant mène une à cinq opérations par an. La co-promotion lui sert dans quatre situations :

  • Une opération trop grosse pour ses fonds propres ou pour la garantie que sa banque accepte de lui délivrer seul.
  • Un foncier sans les moyens de le porter : il a trouvé et sécurisé le terrain, un partenaire apporte l'argent et la signature.
  • Un territoire ou un produit qu'il ne connaît pas : résidence gérée, logement social en vente en bloc, nouvelle ville où un confrère a ses entreprises et ses agences.
  • Partager le risque sur une opération plus incertaine, au prix d'une marge partagée.

La co-promotion se distingue de l'associé investisseur, qui apporte de l'argent sans travailler sur l'opération, et de la dette, qui ne partage ni la marge ni les décisions : ces deux voies sont traitées dans les guides des fonds propres et de la dette mezzanine. Ici, les deux associés sont des professionnels qui apportent chacun quelque chose à l'opération.

La SCCV commune

Le véhicule habituel est une SCCV dédiée à l'opération, dont les deux promoteurs, ou plus souvent leurs holdings, détiennent les parts. Elle isole l'opération, sa comptabilité, son crédit et ses contrats, et elle est fiscalement transparente : son résultat est imposé chez chaque associé selon ses droits (CGI, article 239 ter).

Le point à ne jamais perdre de vue est la responsabilité. Les associés d'une SCCV sont tenus du passif social sur tous leurs biens, à proportion de leurs droits sociaux, et le créancier peut les poursuivre après une simple mise en demeure de la société restée infructueuse (CCH, article L211-2). Un associé à 40 % répond donc de 40 % des dettes que la société ne paie pas. Détenir ses parts par une holding à responsabilité limitée est la parade usuelle ; elle se décide avec l'avocat.

D'autres formes existent, comme la SAS ou la SNC, avec des conséquences différentes sur la responsabilité, la fiscalité et la gouvernance. La banque et le garant de la garantie financière d'achèvement ont souvent leur préférence : posez la question avant de rédiger les statuts.

Le pacte d'associés : ce qu'il doit régler

Les statuts sont publics et souvent standards. Le pacte d'associés, contrat entre les associés, porte l'accord réel. Il se signe avant la première dépense commune, et il traite au minimum les points suivants.

SujetCe que le pacte fixeCe qui arrive sans clause
RôlesQui pilote le montage, le chantier, la commercialisation, la relation bancaireChacun croit que l'autre s'en occupe
HonorairesNature, assiette, taux et calendrier des honoraires facturés à la SCCVContestation au premier appel de fonds
Fonds propresMontant engagé par chacun, calendrier, conséquences d'un défaut de versementUn associé finance seul le besoin imprévu
Quote-part de margeRépartition du résultat, égale ou non aux partsPartage au prorata du capital
Décisions réservéesListe des décisions à l'unanimité ou à majorité renforcéeLe gérant décide seul dans ses pouvoirs
BlocageProcédure en cas de désaccord persistantOpération figée, ou juge
SortieCession de parts, préemption, défaillance, changement de contrôleAgrément des autres associés, rien de plus

Répartir les rôles et les honoraires

En co-promotion, il y a presque toujours un chef de file : le promoteur qui pilote l'opération au quotidien, signe les marchés, suit le chantier, tient la relation avec la banque. L'autre peut piloter la commercialisation, apporter le foncier, ou n'intervenir que sur les décisions importantes.

Le travail de chacun est rémunéré par des honoraires facturés à la SCCV, qui entrent dans le prix de revient de l'opération avant que la marge ne se partage :

  • honoraires de montage, pour la recherche foncière, la faisabilité et l'obtention du permis ;
  • honoraires de gestion ou de maîtrise d'ouvrage déléguée, pour le pilotage administratif, financier et technique ;
  • honoraires de commercialisation, si l'un des associés vend lui-même plutôt que de passer par des agences.

Ils s'expriment le plus souvent en pourcentage du chiffre d'affaires HT ou du prix de revient, avec un calendrier de facturation lié aux étapes : permis, démarrage, livraison. Le pacte précise ce que couvre chaque honoraire, pour éviter qu'un même travail soit payé deux fois ou pas du tout, et ce qui se passe si le chef de file est remplacé en cours de route. Ces honoraires sont facturés avec TVA .

La quote-part : capital, marge et fonds propres

La quote-part d'un associé est sa part dans l'opération. Elle se décline en trois chiffres qui ne coïncident pas forcément :

  • la part du capital, qui fixe aussi la part de responsabilité dans le passif de la SCCV ;
  • la part des fonds propres apportés en compte courant, qui peut différer si un associé avance plus que l'autre ;
  • la part du résultat, qui suit en principe la part du capital, mais que les statuts peuvent répartir autrement, dans la limite de l'interdiction des clauses léonines (code civil, article 1844-1).

Un exemple chiffré

Exemple fictif : le promoteur A a trouvé un terrain pour 30 logements, le promoteur B apporte la surface financière. Ils créent une SCCV à 40 / 60. Chiffre d'affaires : 5 000 000 € HT. Prix de revient : 4 400 000 € HT, dont 150 000 € d'honoraires de gestion facturés par A, chef de file, soit 3 % du chiffre d'affaires. Marge de la SCCV : 600 000 €, soit 12 %. La banque exige 20 % de fonds propres, soit 880 000 €, apportés au prorata des parts.

LignePromoteur A (40 %)Promoteur B (60 %)Total
Fonds propres apportés352 000 €528 000 €880 000 €
Honoraires de gestion150 000 €0 €150 000 €
Quote-part de marge240 000 €360 000 €600 000 €
Total reçu390 000 €360 000 €750 000 €
Rapporté aux fonds propres apportés111 %68 %85 %
Responsabilité dans le passif non payé40 %60 %100 %

A reçoit plus que B avec moins de fonds engagés, mais ses honoraires doivent payer son équipe pendant deux ou trois ans, ce que la marge de B n'a pas à faire. C'est l'équilibre à discuter : un associé qui travaille et un associé qui finance n'ont pas le même risque ni le même coût.

Le même accord peut s'écrire autrement : honoraires plus bas pour A, et résultat partagé 50 / 50 malgré un capital à 40 / 60, pour rémunérer le foncier apporté. La seule exigence est que chacun voie le total, honoraires et marge confondus, dans chaque version. Chaque associé présente ensuite sa quote-part dans ses propres comptes et dans son tableau de bord : 40 % du chiffre d'affaires et de la marge pour A, 60 % pour B.

La gouvernance au quotidien

La gérance est confiée au chef de file seul, ou exercée en cogérance. Dans les deux cas, le pacte liste les décisions réservées aux associés : budget et ses dépassements au-delà d'un seuil, grille de prix et remises, vente en bloc, signature des marchés principaux, emprunt et garanties, avenants au permis, appels de fonds aux associés.

Un comité de pilotage mensuel ou trimestriel, avec un reporting écrit, évite la plupart des conflits : état des ventes, avancement et budget du chantier, plan de trésorerie, écarts du bilan. Les associés partagent les mêmes chiffres, issus de la même source.

Reste le blocage : deux associés à 50 / 50 qui ne s'entendent plus sur une baisse de prix ou un avenant. Le pacte prévoit une procédure : médiation, expert, puis une clause de sortie, par exemple l'offre de rachat croisée où l'un fixe un prix et l'autre choisit d'acheter ou de vendre à ce prix.

La sortie d'un associé

Une opération dure trois à cinq ans ; la vie des associés change pendant ce temps. Le pacte organise :

  • la cession de parts : dans une société civile, elle requiert en principe l'agrément de tous les associés, sauf clause contraire des statuts (code civil, article 1861), et les associés restants bénéficient souvent d'un droit de préemption ;
  • le défaut de versement : un associé qui ne suit pas un appel de fonds peut voir sa quote-part de marge réduite, son apport repris par l'autre à des conditions fixées, ou ses parts rachetées ;
  • le changement de contrôle d'une holding associée, que la banque et le garant suivent aussi de près dans leurs propres contrats ;
  • la liquidation en fin d'opération : remboursement des comptes courants, partage du boni, et la société gardée en vie le temps des garanties dues aux acquéreurs, comme l'explique le guide de la comptabilité d'une SCCV.

Prudence

Le régime des appels de fonds aux associés d'une SCCV, la validité d'une répartition du résultat différente du capital, les clauses de sortie forcée et la fiscalité des honoraires et des quotes-parts se rédigent avec un avocat et l'expert-comptable de l'opération. Un pacte copié d'une autre opération transporte souvent des clauses qui ne correspondent plus à l'accord réel.

Suivre une co-promotion avec CAP IMMO

CAP IMMO déclare les associés de chaque opération avec leur quote-part : il calcule la quote-part de marge et suit les comptes courants de chacun, et les totaux du tableau de bord peuvent s'afficher en part du groupe, c'est-à-dire à hauteur de la quote-part de la structure qui utilise le logiciel. Le bilan, les ventes, le chantier et le plan de trésorerie sont les mêmes pour les deux associés, ce qui sert de base commune au comité de pilotage. La démonstration s'ouvre dans le navigateur, sans inscription ; pour en parler sur votre opération, réservez un échange.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la co-promotion immobilière ?

C'est le montage d'une opération par deux promoteurs ou plus, associés dans une même société de programme, le plus souvent une SCCV. Chacun apporte quelque chose, foncier, fonds propres, savoir-faire ou réseau commercial, et la marge se partage selon les statuts et le pacte d'associés.

Comment se répartit la marge en co-promotion ?

En principe au prorata des parts sociales, mais les statuts peuvent prévoir une autre répartition, dans la limite de l'interdiction des clauses léonines (code civil, article 1844-1). Les honoraires facturés par chaque associé à la société s'ajoutent à sa quote-part de marge : il faut regarder le total.

Quels honoraires facturer en co-promotion ?

Le plus souvent des honoraires de montage, de gestion ou de maîtrise d'ouvrage déléguée, et éventuellement de commercialisation, facturés à la SCCV par l'associé qui fait le travail. Le pacte fixe leur assiette, leur taux, leur calendrier et ce que chacun couvre.

Quelle responsabilité pour un associé de SCCV en co-promotion ?

Il répond du passif de la société sur tous ses biens, à proportion de ses droits sociaux, après une mise en demeure de la société restée infructueuse (CCH, article L211-2). C'est pourquoi les parts sont souvent détenues par une holding à responsabilité limitée.

Comment sortir d'une co-promotion ?

Par une cession de parts, qui requiert en principe l'agrément des autres associés dans une société civile, ou par les mécanismes prévus au pacte : préemption, rachat en cas de défaut de versement, clause d'offre croisée en cas de blocage. Sans pacte, la sortie dépend de l'accord de l'autre associé.

Sacha ClermontConcepteur de CAP IMMO, logiciel de pilotage d'opérations de promotion immobilière pour les promoteurs indépendants. Les guides sont écrits à partir des textes en vigueur et de ce que le logiciel calcule réellement. Profil LinkedIn

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