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Étude de faisabilité en promotion immobilière : les volets, l'ordre et la check-list

Avant de signer une promesse sur un terrain, le promoteur doit savoir ce qu'il peut y construire, à quel coût, à quel prix il vendra, et ce qu'il peut payer le foncier. C'est l'objet de l'étude de faisabilité en promotion immobilière : six volets à mener dans un ordre précis, une check-list pour ne rien oublier, et un dossier que la banque pourra lire.

Par Sacha Clermont · mis à jour le 3 octobre 2026 · 9 min de lecture

À quoi sert l'étude de faisabilité

L'étude de faisabilité répond à une seule question : ce terrain permet-il une opération qui se vend, se finance et dégage une marge ? Elle ne se limite pas à un calcul de constructibilité. Un terrain où le PLU autorise 1 500 m² de surface de plancher peut être inexploitable à cause d'une servitude, d'un sol médiocre ou d'un marché qui ne paiera pas le prix de sortie nécessaire.

Elle sert trois fois. Avant l'offre, pour savoir combien proposer au propriétaire. Pendant la promesse, pour lever les conditions suspensives en connaissance de cause. Devant la banque, comme socle du dossier de financement.

Les six volets d'une faisabilité terrain promoteur

1. Urbanisme : PLU, servitudes et règles applicables

On part du règlement du PLU (ou du PLUi) de la zone : destinations autorisées, emprise au sol, hauteur, implantation par rapport aux voies et aux limites séparatives, stationnement, espaces verts et pleine terre. On lit aussi les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) qui couvrent le secteur, et les obligations de mixité sociale éventuelles.

Les servitudes d'utilité publique sont annexées au PLU : périmètre de monument historique, plan de prévention des risques, alignement, canalisations, servitudes aéronautiques. Le Géoportail de l'urbanisme permet de consulter le document en vigueur et ses annexes.

Le certificat d'urbanisme (code de l'urbanisme, article L410-1) fige les règles d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et les taxes applicables pendant dix-huit mois, si une demande de permis est déposée dans ce délai. Le certificat opérationnel indique en plus si l'opération envisagée est réalisable et l'état des équipements publics qui desservent le terrain. Il vaut la peine de le demander tôt.

2. Technique : sol, réseaux et risques

  • Les risques : Géorisques donne, à l'adresse, les risques naturels et technologiques, l'exposition au retrait-gonflement des argiles, les anciens sites industriels recensés et les installations classées voisines.
  • Le sol : une étude géotechnique préalable dit le type de fondations probable. Des fondations spéciales ou un sous-sol en présence de nappe changent le coût de construction de manière sensible.
  • La pollution : un passé industriel ou artisanal (garage, station-service, pressing) appelle une étude historique, puis des sondages si besoin. Le coût de dépollution peut à lui seul condamner l'opération.
  • Les réseaux : capacité et distance de l'eau, de l'assainissement, de l'électricité ; une extension ou un renforcement de réseau peut rester à la charge de l'opération.
  • La géométrie : un relevé de géomètre (limites, niveaux, arbres, constructions voisines) évite une esquisse fausse de quelques mètres.
  • L'archéologie préventive : dans certains secteurs, un diagnostic peut être prescrit et décaler le calendrier.

3. Capacité : l'étude de capacité de l'architecte

L'étude de capacité traduit les règles en volume. L'architecte dessine une esquisse qui respecte le PLU et sort la surface de plancher (SDP), la surface habitable (SHAB), le nombre et la typologie des logements, les places de stationnement.

La distinction entre SDP et SHAB est centrale : « le promoteur achète de la SDP et revend de la SHAB ». La SDP (code de l'urbanisme, article R111-22) sert au permis et à la taxe d'aménagement ; la SHAB sert à la vente. Le ratio SHAB/SDP dépend des circulations, des murs et de la forme du bâtiment : une esquisse permet de le mesurer au lieu de le supposer.

Une étude de capacité utile montre au moins deux variantes : la plus dense que le PLU autorise, et celle qui se vendra le mieux.

4. Marché : prix de sortie et rythme de vente

Le prix de vente se justifie par des ventes réelles. Les données DVF publient les mutations, dont les ventes en VEFA, avec leur prix et leur surface : la méthode est détaillée dans le guide de l'étude de marché avec DVF. On complète par les programmes neufs en cours de commercialisation autour du terrain, leurs prix affichés et leur rythme.

Le volet marché fixe aussi la typologie (studios pour l'investissement, familiaux pour l'accession) et la part éventuellement vendue en bloc à un bailleur social.

5. Financier : bilan et charge foncière

Le bilan promoteur rassemble les chiffres des volets précédents : chiffre d'affaires, coût de construction, honoraires, taxes, assurances, frais financiers, commercialisation, gestion. La marge visée fixe le prix maximum du terrain par le compte à rebours : c'est la charge foncière admissible.

Si le prix demandé par le vendeur dépasse ce plafond, il n'y a que trois sorties : renégocier, trouver plus de surface vendable, ou renoncer. Augmenter le prix de vente sur le papier n'en est pas une.

6. Juridique et foncier : ce que l'on achète vraiment

Titre de propriété, servitudes de droit privé (passage, vue, cour commune), bail en cours ou occupants, indivision, division parcellaire nécessaire, droit de préemption de la commune. On vérifie aussi qui signe : un vendeur en indivision ou une succession non réglée allonge les délais. Le notaire confirme le régime de TVA de la cession et les frais d'acquisition.

Dans quel ordre mener l'étude, et ce qu'elle coûte

L'ordre a une logique économique : on commence par ce qui est gratuit et peut tout arrêter, on finit par ce qui coûte et affine.

ÉtapeCe qu'on faitCoût
1. Pré-analyseLecture du PLU et des servitudes, Géorisques, cadastre, DVF, première capacité au ratioTemps interne, données publiques gratuites
2. Bilan d'approcheBilan sommaire et charge foncière : décision de faire une offreTemps interne
3. EsquisseÉtude de capacité par un architecteHonoraires variables, parfois intégrés à la future mission
4. Études sous promesseGéomètre, géotechnique, pollution si besoin, certificat d'urbanismeLe poste le plus lourd de la phase amont, à faire chiffrer
5. Bilan consolidéBilan mis à jour avec les études, dossier pour la banqueTemps interne

Les montants dépendent du terrain, de la région et des prestataires : demandez des devis plutôt que de vous fier à un barème. La règle utile est ailleurs : ne dépensez pour les études payantes qu'une fois la promesse signée, avec des conditions suspensives qui vous permettent de sortir si elles révèlent un problème (obtention du permis purgé, sol, pollution, financement). La purge du permis de construire fixe d'ailleurs la date à partir de laquelle la promesse peut se réitérer.

La marge de chaque programme dans CAP IMMO, en euros et en pourcentage du chiffre d'affaires
La marge de chaque programme dans CAP IMMO, en euros et en pourcentage du chiffre d'affaires

La check-list de l'étude de faisabilité

À cocher avant de signer une promesse, puis avant de lever les conditions suspensives.

Urbanisme

  • Zone du PLU, règlement à jour et procédure de modification ou de révision en cours
  • Destinations autorisées et éventuelles obligations de logements sociaux
  • Emprise au sol, hauteur, retraits, pleine terre, coefficient de biotope s'il existe
  • Normes de stationnement par logement
  • OAP couvrant le secteur
  • Servitudes d'utilité publique annexées au PLU
  • Périmètre de monument historique ou site patrimonial : avis de l'architecte des Bâtiments de France
  • Certificat d'urbanisme demandé ou obtenu
  • Rendez-vous préalable avec le service urbanisme de la commune

Technique

  • Fiche Géorisques à l'adresse : inondation, argiles, cavités, sismicité, radon
  • Anciens sites industriels et installations classées à proximité
  • Relevé de géomètre et bornage
  • Étude géotechnique et hypothèse de fondations
  • Étude de pollution si l'historique du site le justifie
  • Présence de nappe, faisabilité d'un sous-sol
  • Capacité et raccordement des réseaux
  • Accès, voirie, collecte des déchets, accès pompiers
  • Démolition, désamiantage des bâtiments existants
  • Archéologie préventive

Capacité

  • Esquisse conforme au PLU
  • SDP, SHAB et ratio SHAB/SDP mesurés sur l'esquisse
  • Nombre de logements, typologie, surfaces annexes (balcons, jardins)
  • Places de stationnement réellement implantables
  • Vues et vis-à-vis avec les voisins, risque de recours

Marché

  • Ventes comparables DVF dans le quartier, neuf et ancien récent
  • Programmes concurrents : prix affichés, rythme de vente
  • Prix de sortie par typologie, et part en vente en bloc éventuelle
  • Rythme de commercialisation réaliste pour atteindre la pré-commercialisation demandée

Financier

  • Coût de construction par ratio, puis confirmé par un économiste ou des devis
  • Surcoûts techniques identifiés : fondations, dépollution, réseaux, démolition
  • Taxe d'aménagement et participations estimées
  • Régime de TVA du terrain et des ventes
  • Bilan complet et marge en pourcentage du chiffre d'affaires HT
  • Charge foncière admissible comparée au prix demandé
  • Besoin en fonds propres et point bas de trésorerie
  • Tests de sensibilité : prix de vente en baisse, travaux en hausse, délai allongé

Juridique et foncier

  • Titre de propriété et identité de tous les vendeurs
  • Servitudes de droit privé, mitoyenneté
  • Baux, occupants, libération des lieux
  • Division parcellaire nécessaire
  • Droit de préemption urbain
  • Conditions suspensives de la promesse et durée de l'exclusivité
  • Structure porteuse envisagée, le plus souvent une SCCV

Quand dire non

Une bonne étude de faisabilité en promotion immobilière conclut souvent par un refus. Les signaux qui doivent arrêter, ou conduire à renégocier :

  • Le prix demandé dépasse durablement la charge foncière admissible, même avec la variante la plus favorable.
  • Le prix de sortie nécessaire est au-dessus de toutes les ventes comparables du quartier.
  • Un surcoût technique (sol, pollution, réseaux) n'est pas chiffrable avant la signature et le vendeur refuse la condition suspensive correspondante.
  • Une procédure de modification du PLU est en cours et pourrait réduire la constructibilité.
  • Le projet suscite une opposition visible du voisinage, qui annonce des recours.
  • La marge ne résiste pas à un test simple : 5 % de baisse des prix ou 5 % de hausse des travaux.

Renoncer après une pré-analyse ne coûte que du temps. Renoncer après avoir payé les études sans condition suspensive coûte de l'argent.

Le livrable pour la banque

La banque ne finance pas une intuition. Le dossier qui accompagne la demande de crédit et de garantie financière d'achèvement reprend les volets de la faisabilité :

  • une note de présentation : terrain, programme, équipe, calendrier ;
  • la promesse de vente et ses conditions suspensives ;
  • le permis de construire, ou son état d'avancement ;
  • les plans de l'architecte et le tableau des surfaces (SDP, SHAB, lots) ;
  • l'étude de marché avec les ventes comparables ;
  • la grille de prix des lots ;
  • le bilan promoteur et le plan de trésorerie, cohérents entre eux ;
  • les études techniques réalisées ;
  • l'état de la pré-commercialisation et le montant des fonds propres apportés.

Sur les exigences, les pratiques courantes citées par les plateformes de financement (Anaxago, Homunity) sont des fonds propres de l'ordre de 15 à 25 % et une pré-commercialisation d'environ 50 % avant d'engager le crédit et la garantie. Ce sont des fourchettes de marché, qui varient selon la banque et le dossier. Le guide du financement de la promotion immobilière détaille ces conditions.

De la faisabilité au suivi de l'opération

Le bilan de faisabilité devient, une fois le terrain acquis, le bilan de référence de l'opération. C'est à ce moment que CAP IMMO prend le relais : le bilan s'y met à jour avec les ventes signées et les marchés de travaux, les appels de fonds et le chantier se suivent au même endroit, et la trésorerie montre son point bas daté. La démonstration s'ouvre dans le navigateur, sans inscription.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une étude de faisabilité en promotion immobilière ?

C'est l'analyse qui dit si un terrain permet une opération rentable : règles d'urbanisme et servitudes, contraintes techniques du sol et des réseaux, capacité constructible, prix de vente du marché, bilan et charge foncière, situation juridique du terrain.

Quelle différence entre étude de faisabilité et étude de capacité ?

L'étude de capacité est l'un des volets de la faisabilité : l'esquisse de l'architecte qui mesure ce que le PLU permet de construire (surface de plancher, surface habitable, nombre de logements). La faisabilité y ajoute le marché, le bilan, la technique et le juridique.

Combien coûte une étude de faisabilité de terrain pour un promoteur ?

La pré-analyse (PLU, Géorisques, DVF, bilan d'approche) ne coûte que du temps. Les études payantes, esquisse, géomètre, géotechnique, pollution, varient selon le terrain et la région : il faut les faire chiffrer, et de préférence les engager une fois la promesse signée avec des conditions suspensives.

Quand faire l'étude de faisabilité : avant ou après la promesse ?

Les deux. Une pré-analyse et un bilan d'approche avant l'offre, pour fixer le prix proposé ; les études techniques et l'esquisse détaillée pendant la promesse, pour lever les conditions suspensives en connaissance de cause.

Quels documents la banque demande-t-elle après la faisabilité ?

En général la promesse, le permis ou son état d'avancement, les plans et le tableau des surfaces, l'étude de marché, la grille de prix, le bilan et le plan de trésorerie, les études techniques, l'état de la pré-commercialisation et les fonds propres apportés.

Sacha ClermontConcepteur de CAP IMMO, logiciel de pilotage d'opérations de promotion immobilière pour les promoteurs indépendants. Les guides sont écrits à partir des textes en vigueur et de ce que le logiciel calcule réellement. Profil LinkedIn

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Le voir sur une vraie opération

La démonstration de CAP IMMO s'ouvre dans le navigateur, sans inscription : quatre programmes fictifs, un par phase, avec leurs bilans, leurs ventes et leurs chantiers.