Dans ce guide
En bref
La clôture d'une opération de promotion immobilière commence à la livraison et dure souvent plus d'un an : vente des derniers lots, levée des réserves, libération des retenues de garantie, décomptes définitifs des marchés, mainlevée de la garantie financière d'achèvement, remboursement du crédit et des comptes courants. Elle se termine par un bilan définitif comparé au prévisionnel, poste par poste, et par un retour d'expérience chiffré qui sert à monter l'opération suivante.
Quand commence la clôture
On parle de clôture dès que le chantier est réceptionné et les premiers logements livrés. À partir de là, l'opération ne produit plus, elle se dénoue. Le calendrier est dicté par des délais qui ne dépendent pas du promoteur : un an pour la garantie de parfait achèvement et pour la libération des retenues de garantie, le temps de vendre les derniers lots, celui des entreprises pour présenter leurs mémoires définitifs.
Une opération dont la clôture traîne coûte de l'argent : du crédit qui court, des cautions qui restent facturées, des fonds propres immobilisés qui ne financent pas l'opération suivante. Elle coûte aussi de l'attention, pour un promoteur qui en mène déjà une ou deux autres.
La liste de clôture, dans l'ordre
| Bloc | Ce qu'il faut obtenir | Ce qui en dépend |
|---|---|---|
| Ventes | Derniers lots vendus, actes signés, appels de fonds soldés, sommes consignées libérées | Le chiffre d'affaires définitif, le remboursement du crédit |
| Livraison | Procès-verbaux de livraison signés, clés remises, réserves des acquéreurs traitées | Les derniers encaissements, le risque de contentieux |
| Réception | Réserves de réception levées, garantie de parfait achèvement échue | La libération des retenues de garantie |
| Marchés | Décompte définitif accepté pour chaque marché, retenues libérées, cautions restituées, factures réglées | Le coût travaux définitif |
| Financement | Crédit remboursé, garantie financière d'achèvement levée, hypothèque radiée, taxes soldées | Les frais financiers et de garantie définitifs |
| Conformité | Déclaration d'achèvement déposée, conformité acquise, ouvrages remis à la copropriété | La fin des obligations administratives |
| Société | Comptes approuvés, comptes courants remboursés, résultat réparti, sort de la société décidé | Le retour des fonds propres aux associés |
Les dernières ventes
Les derniers lots sont souvent les moins faciles : rez-de-chaussée sur rue, exposition nord, typologie que le marché local absorbe mal. Après la livraison, ils se vendent comme des logements neufs achevés, sans échéancier de VEFA, ce qui change l'argumentaire mais pas la nécessité de les vendre vite. Chaque mois de stock porte du crédit, des charges de copropriété et de la taxe foncière.
La question du prix se pose franchement : une remise de 5 % sur deux lots coûte souvent moins que six mois de portage. Le calcul se fait au cas par cas, avec le plan de trésorerie sous les yeux. Une société qui garde des lots invendus ne peut pas, en pratique, être liquidée : le stock doit sortir, par une vente, une location ou une attribution à un associé.
Réserves, retenues de garantie et décomptes définitifs
Lever les réserves
Les réserves notées à la réception, puis celles des acquéreurs à la livraison, se lèvent selon la méthode décrite dans le guide de la levée des réserves. Pour la clôture, l'enjeu est double : obtenir des entreprises qu'elles interviennent pendant l'année de parfait achèvement, et documenter chaque levée par un constat daté.
Libérer les retenues de garantie
La retenue de garantie de 5 % au plus se libère un an après la réception, sauf opposition motivée du maître d'ouvrage notifiée avant l'échéance, ou plus tôt si l'entreprise a fourni une caution bancaire. Les réserves non levées justifient une opposition limitée à leur montant raisonnable, pas un blocage total.
Arrêter les décomptes définitifs
Chaque marché se solde par un décompte définitif, que la pratique appelle souvent DGD, décompte général et définitif. L'entreprise présente son mémoire définitif ; le maître d'œuvre le vérifie ; le maître d'ouvrage arrête le montant. C'est là que réapparaissent les avenants oubliés, les réclamations et les pénalités de retard : un registre d'avenants tenu pendant le chantier, comme l'explique le guide des avenants aux marchés de travaux, abrège beaucoup cette étape. Les délais de présentation et de contestation dépendent du marché et des documents qu'il vise, souvent la norme NF P03-001 : relisez-les avant la réception.
Garanties : ce qui se lève, ce qui reste
Certaines garanties prennent fin pendant la clôture, d'autres survivent longtemps à l'opération.
- La garantie financière d'achèvement prend fin à l'achèvement de l'immeuble, constaté par la déclaration certifiée d'un homme de l'art, en général l'architecte (CCH, article R261-24). La mainlevée s'obtient du garant sur cette pièce : elle arrête la commission de garantie. Voir le guide de la garantie financière d'achèvement.
- Le crédit promoteur se rembourse au fil des ventes ; une fois soldé, l'hypothèque ou le privilège qui le garantissait se radie, à faire constater par le notaire.
- Les cautions des entreprises, de retenue de garantie ou de restitution d'avance, se restituent quand leur objet est éteint.
- Les garanties légales dues aux acquéreurs, elles, restent : parfait achèvement pendant un an à compter de la réception (code civil, article 1792-6), bon fonctionnement pendant deux ans (article 1792-3), décennale pendant dix ans (article 1792). Le vendeur d'immeuble à construire en répond envers les acquéreurs (article 1646-1), puis exerce ses recours contre les constructeurs et leurs assureurs. L'assurance dommages-ouvrage couvre aussi dix ans.
Le bilan définitif contre le prévisionnel
Le bilan définitif reprend la structure du bilan promoteur de montage, poste par poste, avec trois colonnes : prévu au financement, réalisé, écart. Il se construit sur les montants constatés, factures et encaissements, et se rapproche ensuite des comptes arrêtés par l'expert-comptable.
Exemple fictif : un programme de 36 logements, 2 400 m² de surface habitable, prévu sur 30 mois, livré et vendu en 34. Montants hors taxes.
| Poste | Prévu | Réalisé | Écart |
|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 5 600 000 € | 5 520 000 € | −80 000 € |
| Foncier et frais d'acquisition | 1 040 000 € | 1 040 000 € | 0 € |
| Travaux | 2 900 000 € | 3 010 000 € | +110 000 € |
| Provision pour aléas | 90 000 € | 0 € | −90 000 € |
| Honoraires techniques | 380 000 € | 395 000 € | +15 000 € |
| Taxes et assurances | 170 000 € | 172 000 € | +2 000 € |
| Commercialisation | 230 000 € | 215 000 € | −15 000 € |
| Frais financiers | 140 000 € | 175 000 € | +35 000 € |
| Prix de revient | 4 950 000 € | 5 007 000 € | +57 000 € |
| Marge | 650 000 € (11,6 %) | 513 000 € (9,3 %) | −137 000 € |
La provision pour aléas n'a pas disparu : elle a été consommée dans les travaux. C'est pourquoi on lit les deux lignes ensemble : les travaux ont dépassé leur budget de 110 000 €, dont 90 000 € étaient prévus en aléas, soit 20 000 € de dépassement net.
Le retour d'expérience chiffré
L'écart de marge, 137 000 €, se décompose. C'est cette décomposition, et non le seul chiffre final, qui sert pour la suite :
- Prix de vente : −80 000 €. Trois lots vendus après livraison avec une remise moyenne d'environ 27 000 €. Question pour la prochaine opération : la grille de prix et la typologie de ces lots étaient-elles justes ?
- Travaux : −20 000 € net des aléas. Le coût travaux ressort à 1 254 € HT par m² de surface habitable, contre 1 208 € prévus. L'analyse des avenants dit d'où vient l'écart : sol, descriptif incomplet, demandes du promoteur.
- Délai : −35 000 € de frais financiers. Quatre mois de plus que prévu, avec un encours de crédit élevé en fin d'opération. C'est l'écart le plus évitable, et souvent le plus sous-estimé au montage.
- Honoraires, taxes et assurances : −17 000 €, surtout la prolongation de la mission de maîtrise d'œuvre.
- Commercialisation : +15 000 €, une part des ventes ayant été faite en direct, sans commission.
Un retour d'expérience utile tient sur une page et se termine par trois à cinq ratios réutilisables : coût travaux au mètre carré de surface habitable par typologie, délai réel entre ordre de service et réception, rythme de vente mensuel, part des avenants dans le montant des marchés, durée de portage des derniers lots. Ce sont ces ratios qui rendent le prochain bilan de montage plus juste que le précédent. Les différences entre surface habitable et surface de plancher sont rappelées dans le guide SDP et SHAB.
La société de programme : dissoudre, ou attendre
Une fois les lots vendus et livrés, la SCCV a réalisé son objet, ce qui est une cause de dissolution (code civil, article 1844-7). Viennent ensuite la liquidation, le remboursement des comptes courants, le partage du boni entre associés et la radiation. Le traitement comptable et fiscal du résultat est décrit dans le guide de la comptabilité d'une SCCV.
Prudence
Une dissolution rapide n'éteint pas les garanties dues aux acquéreurs : la décennale court dix ans à compter de la réception, et les associés d'une SCCV répondent du passif social sur tous leurs biens, à proportion de leurs droits (CCH, article L211-2). Beaucoup de promoteurs gardent donc la société en vie, ou organisent avec soin la gestion des sinistres après sa disparition. Le moment de la dissolution, la conservation des archives et la répartition du boni se décident avec l'expert-comptable, le notaire et, si besoin, un avocat : cet article n'en tient pas lieu.
Quelle que soit la décision, archivez ce qui servira dans dix ans : marchés et avenants, procès-verbaux de réception et de levée des réserves, attestations d'assurance des entreprises, dossier des ouvrages exécutés, correspondances avec les acquéreurs.
La clôture dans CAP IMMO
CAP IMMO tient pour chaque opération une liste de clôture : livraisons et procès-verbaux, réserves, garantie de parfait achèvement, décompte définitif de chaque marché, retenues de garantie et cautions, appels de fonds et consignations, crédit, mainlevée de la garantie d'achèvement, taxe d'aménagement, conformité et remise à la copropriété, avec un état fait, à faire ou bloquant. Il présente un bilan de clôture prévu contre constaté, la répartition du résultat entre associés selon leurs parts, et les étapes juridiques de la société à dater, le tout imprimable pour l'expert-comptable et le notaire. La démonstration s'ouvre dans le navigateur, sans inscription.
Questions fréquentes
Quand une opération de promotion immobilière est-elle clôturée ?
Quand les lots sont vendus et livrés, les réserves levées, les marchés soldés par leur décompte définitif, les retenues de garantie libérées, le crédit remboursé et les garanties financières levées. En pratique, cela prend souvent un an ou plus après la livraison, ne serait-ce qu'à cause de l'année de parfait achèvement.
Quand obtenir la mainlevée de la garantie financière d'achèvement ?
La garantie prend fin à l'achèvement de l'immeuble, constaté par la déclaration certifiée d'un homme de l'art, en général l'architecte (CCH, article R261-24). Le promoteur transmet cette pièce au garant pour obtenir la mainlevée et arrêter la commission de garantie.
Qu'est-ce que le DGD d'un marché de travaux ?
Le décompte général et définitif arrête le montant total dû à l'entreprise : marché, avenants, révision des prix, pénalités, retenues. Il est établi à partir du mémoire définitif de l'entreprise, vérifié par le maître d'œuvre. Une fois accepté, il solde le marché ; ses délais dépendent du contrat.
Comment comparer le bilan définitif au bilan prévisionnel ?
En reprenant la structure du bilan de montage, poste par poste, avec trois colonnes : prévu au financement, réalisé, écart. On lit ensemble les travaux et la provision pour aléas, puis on décompose l'écart de marge en effet prix, effet travaux, effet délai et frais divers.
Faut-il dissoudre la SCCV dès la fin de l'opération ?
Pas forcément. La réalisation de l'objet est une cause de dissolution, mais les garanties dues aux acquéreurs courent jusqu'à dix ans après la réception, et les associés répondent du passif social. Le calendrier se décide avec l'expert-comptable, le notaire et, si besoin, un avocat.
Sacha ClermontConcepteur de CAP IMMO, logiciel de pilotage d'opérations de promotion immobilière pour les promoteurs indépendants. Les guides sont écrits à partir des textes en vigueur et de ce que le logiciel calcule réellement. Notre méthode · Profil LinkedIn
À lire aussi
- La garantie financière d'achèvementGFA en VEFA : obligation légale, garantie extrinsèque depuis 2015, articles R261-17 et suivants du CCH, dossier demandé par la banque, coût et fin de garantie.
- La retenue de garantieRetenue de garantie sur travaux : 5 % au plus (loi du 16 juillet 1971), consignation ou caution bancaire, que choisir, libération à un an, exemple sur un lot.
- La levée des réservesRéception des travaux (art. 1792-6 du code civil), réserves de livraison et délai d'un mois (art. 1642-1), parfait achèvement : la méthode de levée.
- La comptabilité d'une SCCVComptabilité d'une SCCV : stock d'en-cours, résultat à l'avancement ou à l'achèvement, perte à terminaison, TVA, comptes courants et exemple chiffré.
- Le bilan promoteurBilan promoteur pas à pas : postes et ratios en % du CA, marge brute et nette, compte à rebours foncier, frais financiers, TVA et exemple chiffré complet.
Le voir sur une vraie opération
CAP IMMO est le logiciel pour promoteur immobilier qui relie le bilan, les ventes VEFA, les appels de fonds, la trésorerie et le chantier. Sa démonstration s'ouvre dans le navigateur, sans inscription : quatre programmes fictifs, un par phase, avec leurs bilans, leurs ventes et leurs chantiers.