Dans ce guide
En bref
Surélévation d'immeuble : il s'agit de construire un ou plusieurs niveaux sur un bâtiment existant. En copropriété, le promoteur achète au syndicat le droit de surélever, dont la vente est votée en assemblée générale (loi du 10 juillet 1965, article 35). Le projet doit respecter les hauteurs du PLU et la capacité de la structure, et se construit au-dessus d'habitants : la charge foncière payée est faible, mais les coûts de travaux sont élevés.
Pourquoi la surélévation intéresse un petit promoteur
Une surélévation de deux à six logements correspond exactement à la taille d'opération d'un promoteur indépendant : trop petite pour les grands groupes, trop technique pour un particulier. Elle offre trois avantages :
- Pas de terrain à acheter : le foncier est le droit de surélever, payé au propriétaire ou au syndicat des copropriétaires.
- Des emplacements introuvables autrement : centre-ville, rues déjà constituées, réseaux en place.
- Un vendeur intéressé : la copropriété finance souvent, avec le prix du droit, des travaux qu'elle n'aurait pas pu payer, réfection de toiture, ravalement, isolation, ascenseur.
Elle exige en contrepartie un travail de prospection particulier, immeuble par immeuble, que le guide de la prospection foncière aborde plus largement.
Le droit de surélever en copropriété
Le droit de surélever un bâtiment est un droit accessoire aux parties communes (loi du 10 juillet 1965, article 3). Il appartient donc au syndicat des copropriétaires, qui peut surélever lui-même ou vendre ce droit à un tiers, le plus souvent un promoteur.
Le vote
L'article 35 de la loi de 1965 encadre ces décisions. Depuis la loi ALUR de 2014, lorsque l'immeuble est situé dans un périmètre où s'applique le droit de préemption urbain, ce qui couvre l'essentiel des zones urbaines, la vente du droit de surélever se décide à la majorité de l'article 26 : la majorité des membres du syndicat représentant au moins les deux tiers des voix. Si l'immeuble comprend plusieurs bâtiments, la décision doit en outre être confirmée par les copropriétaires du bâtiment à surélever. Hors de ces périmètres, les conditions sont plus strictes.
La priorité des copropriétaires du dernier étage
Les copropriétaires des locaux situés sous la surélévation bénéficient d'un droit de priorité lorsque les locaux créés sont vendus. Avant toute vente de lot, ils doivent recevoir une notification du prix et des conditions, et disposent d'un délai pour se porter acquéreurs. Le promoteur doit l'intégrer à son calendrier de commercialisation, et souvent l'intégrer à sa négociation : un copropriétaire du dernier étage qui achète un lot au-dessus de chez lui est parfois le premier réservataire.
Les copropriétaires lésés
La loi prévoit aussi l'indemnisation des copropriétaires qui subissent un préjudice du fait de l'opération, perte de vue, de lumière ou de valeur, trouble de jouissance grave pendant le chantier. Le montant se négocie, ou se fixe en justice : il se provisionne dans le bilan.
Prudence
Les majorités, les confirmations, le délai du droit de priorité et les règles d'indemnisation dépendent de la rédaction de l'article 35 en vigueur, de la situation de l'immeuble et du règlement de copropriété. Faites vérifier par le notaire et le syndic, avant de présenter l'offre en assemblée, la majorité applicable et le texte exact de la résolution : une résolution mal votée se conteste dans le délai de recours, et bloque tout.
Dans un immeuble en monopropriété, appartenant à un seul bailleur, la question se règle par une simple vente, ce qui en fait une cible plus rapide.
Ce que dit le PLU
La surélévation est une construction nouvelle au regard de l'urbanisme : elle doit respecter les règles de la zone, et passe par un permis de construire. Les points à lire, avec la méthode du guide lire un PLU :
- La hauteur maximale, à l'égout, au faîtage ou en nombre de niveaux, et la façon dont elle se mesure sur une rue en pente.
- Le gabarit et les prospects : retraits imposés au-dessus d'une certaine hauteur, distance aux limites et aux bâtiments voisins.
- Le stationnement : les places exigées pour les logements créés, souvent impossibles à réaliser dans un immeuble existant. Certains PLU prévoient des exemptions ou une réduction pour les surélévations ; d'autres non.
- Le patrimoine : secteur protégé, abords d'un monument historique, avis de l'architecte des Bâtiments de France, qui peut imposer une écriture architecturale ou refuser.
- La mixité sociale : un seuil en nombre de logements ou de mètres carrés peut déclencher une servitude de mixité sociale.
Dans les communes situées en zone tendue, le code de l'urbanisme permet à l'autorité qui délivre le permis de déroger, par décision motivée, à certaines règles de gabarit, de hauteur ou de stationnement pour autoriser une surélévation à usage principal d'habitation (article L152-6). C'est une faculté, pas un droit : elle se discute en amont avec le service instructeur.
La structure et la sécurité
La question technique décide de tout. Avant de proposer un prix au syndicat, il faut savoir ce que l'immeuble peut porter.
- Diagnostic structurel : état et capacité des fondations, des murs porteurs et des planchers, à confier à un bureau d'études structure, avec des sondages si nécessaire. Une étude de sol peut s'imposer si des renforcements de fondations sont envisagés.
- Choix constructif : l'ossature bois ou métallique, légère et en grande partie préfabriquée, domine dans les surélévations, parce qu'elle charge peu l'existant et raccourcit le chantier sur le toit.
- Sécurité incendie : le niveau du plancher le plus haut détermine la famille de l'immeuble au regard de la réglementation incendie des habitations. Ajouter un ou deux niveaux peut faire changer de famille, avec des exigences nouvelles sur les escaliers et les accès, valables pour tout le bâtiment.
- Ascenseur et accessibilité : prolonger la gaine, ou en créer une, coûte cher, mais conditionne souvent le prix de vente des derniers étages.
- Réseaux : capacité des colonnes d'eau, d'évacuation et de l'alimentation électrique, raccordements à prévoir.
Ces vérifications se font sous promesse, avec des conditions suspensives adaptées, comme pour un terrain : voir la promesse de vente d'un terrain, dont la logique se transpose au droit de surélever.
Un chantier en site occupé
Les habitants restent chez eux pendant que le toit est déposé au-dessus de leur tête. C'est la principale source de conflits et de retards.
- Constat préalable de l'état des parties communes et des appartements du dernier étage, par commissaire de justice, voire référé préventif si les voisins sont nombreux : il évite d'imputer au chantier des fissures préexistantes.
- Mise hors d'eau rapide : la préfabrication réduit la période pendant laquelle l'immeuble est ouvert ; une bâche ne suffit pas un soir d'orage.
- Installation de chantier : grue ou monte-charge, emprise sur la voie publique, autorisations de voirie, accès par la cour.
- Information des occupants : calendrier, horaires, coupures prévues, un interlocuteur joignable. Le syndic relaie, mais ne remplace pas le promoteur.
- Assurances : la dommages-ouvrage couvre l'ouvrage neuf, et l'assureur examinera l'existant ; la responsabilité civile du chantier doit couvrir les dommages aux appartements occupés.
Bilan type d'une surélévation
Exemple fictif : un immeuble de cinq niveaux en copropriété, dans une ville en zone tendue. Le projet ajoute un niveau en ossature bois et trois logements : 220 m² de surface de plancher, 195 m² habitables, vendus en VEFA à 9 000 € TTC/m² habitable, soit 1 755 000 € TTC et 1 462 500 € HT avec une TVA à 20 %. La marge visée est de 10 % du chiffre d'affaires HT. On cherche le prix que le promoteur peut offrir pour le droit de surélever, c'est-à-dire la charge foncière admissible.
| Poste | Base | Montant HT |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 195 m² × 9 000 € TTC, hors TVA | 1 462 500 € |
| Travaux de surélévation | 220 m² × 3 200 € | − 704 000 € |
| Renforcement de structure | Forfait du bureau d'études | − 60 000 € |
| Honoraires techniques | 12 % des travaux de surélévation | − 84 480 € |
| Dommages-ouvrage et assurances | 3 % des travaux de surélévation | − 21 120 € |
| Taxes et raccordements | Estimation | − 25 000 € |
| Frais de copropriété : géomètre, règlement modifié, actes, indemnités | Estimation | − 30 000 € |
| Commercialisation | 4 % du chiffre d'affaires HT | − 58 500 € |
| Frais financiers | Estimation | − 35 000 € |
| Frais de gestion | 4 % du chiffre d'affaires HT | − 58 500 € |
| Marge visée | 10 % du chiffre d'affaires HT | − 146 250 € |
| Charge foncière admissible | Solde | 239 650 € |
Le promoteur peut offrir au syndicat environ 240 000 €, soit près de 1 090 € par m² de surface de plancher créée. Avec cinq niveaux et une quinzaine de copropriétaires, c'est une somme qui finance une toiture neuve ou un ravalement : l'argument de vente en assemblée. Mais le bilan est sensible : un prix de vente de 8 000 € TTC/m² au lieu de 9 000 retire 162 500 € de chiffre d'affaires HT, et la charge foncière tombe à 106 400 €, une fois recalculées la commercialisation, la gestion et la marge. Un surcoût de structure de 100 000 € la ramènerait à 139 650 €. D'où l'importance de chiffrer le scénario dégradé dans le bilan promoteur avant de faire une offre ferme.
Pour les règles de TVA de la vente et de l'achat du droit, voir le guide de la TVA en promotion immobilière ; le régime de l'acquisition du droit de surélever se vérifie avec le notaire.
Les étapes d'une opération de surélévation
- Repérer les immeubles dont la hauteur est inférieure à ce que permet le PLU, et lire le règlement de copropriété.
- Faire une étude de faisabilité : capacité structurelle, gabarit, stationnement, sécurité incendie, premier bilan.
- Présenter le projet au conseil syndical, puis faire inscrire la résolution à l'ordre du jour de l'assemblée générale.
- Signer une promesse de vente du droit de surélever, sous conditions suspensives : permis purgé, financement, étude structure.
- Déposer le permis, purger les recours, faire modifier l'état descriptif de division et le règlement de copropriété pour créer les nouveaux lots.
- Commercialiser en VEFA, en respectant le droit de priorité des copropriétaires concernés, puis lancer le chantier.
La surélévation dans CAP IMMO
Dans CAP IMMO, une surélévation se monte comme toute opération : le bilan calcule la charge foncière admissible à partir de la grille de prix et des coûts, compare les scénarios, puis suit les ventes en VEFA, les appels de fonds plafonnés, le chantier et la trésorerie. La démonstration s'ouvre dans le navigateur, gratuitement et sans inscription.
Questions fréquentes
Qui peut vendre le droit de surélever un immeuble ?
En copropriété, le droit de surélever est un droit accessoire aux parties communes : il appartient au syndicat des copropriétaires, qui le vend sur décision de l'assemblée générale (loi du 10 juillet 1965, articles 3 et 35). Dans un immeuble en monopropriété, c'est le propriétaire qui le vend.
Quelle majorité pour vendre le droit de surélever ?
Lorsque l'immeuble est situé dans un périmètre de droit de préemption urbain, la majorité de l'article 26 suffit depuis la loi ALUR : la majorité des membres représentant au moins les deux tiers des voix. Ailleurs, les conditions sont plus strictes. Faites vérifier la majorité applicable par le notaire avant l'assemblée.
Les copropriétaires du dernier étage peuvent-ils bloquer une surélévation ?
Ils bénéficient d'un droit de priorité pour acheter les lots créés au-dessus de chez eux, et peuvent demander une indemnisation s'ils subissent un préjudice. Selon la situation de l'immeuble, leur accord peut aussi être requis. Associez-les tôt au projet.
Faut-il un permis de construire pour une surélévation ?
Oui dans la grande majorité des cas, puisqu'elle crée de la surface de plancher et modifie le volume du bâtiment. Le projet doit respecter le PLU, sauf dérogations que l'autorité compétente peut accorder en zone tendue (code de l'urbanisme, article L152-6).
Combien rapporte une surélévation à une copropriété ?
Le prix du droit de surélever se déduit du bilan du promoteur : chiffre d'affaires moins coûts et marge. Sur l'exemple fictif du guide, trois logements créés permettent d'offrir environ 240 000 €, que la copropriété peut affecter à des travaux sur l'immeuble.
Sacha ClermontConcepteur de CAP IMMO, logiciel de pilotage d'opérations de promotion immobilière pour les promoteurs indépendants. Les guides sont écrits à partir des textes en vigueur et de ce que le logiciel calcule réellement. Notre méthode · Profil LinkedIn
À lire aussi
- Lire un PLULire un PLU pour une faisabilité : où le trouver, zonage, emprise au sol, hauteur, stationnement, OAP, servitudes, et un calcul de capacité pas à pas.
- La charge foncièreCharge foncière : définition, calcul par compte à rebours, incidence foncière en €/m² de surface de plancher et exemple chiffré pas à pas pour un promoteur.
- Le bilan promoteurBilan promoteur pas à pas : postes et ratios en % du CA, marge brute et nette, compte à rebours foncier, frais financiers, TVA et exemple chiffré complet.
- La prospection foncièreProspection foncière : sources (cadastre, DVF, fichiers fonciers), modèle de courrier au propriétaire, RGPD du fichier et rythme des relances, pas à pas.
- L'assurance dommages-ouvrageAssurance dommages-ouvrage promoteur : obligation avant chantier (L242-1), ce qu'elle couvre, prix constatés, CNR, TRC, dossier demandé et place au bilan.
Le voir sur une vraie opération
CAP IMMO est le logiciel pour promoteur immobilier qui relie le bilan, les ventes VEFA, les appels de fonds, la trésorerie et le chantier. Sa démonstration s'ouvre dans le navigateur, sans inscription : quatre programmes fictifs, un par phase, avec leurs bilans, leurs ventes et leurs chantiers.